| Andrianampoinimerina, le premier « écolo
» malgache
«Hum! Que ça sent bon! Que meure comme cet arbre celui qui
l'abattra! » Quand l'expédition merina en pays sihanaka aboutit
à son avantage, Andrianampoinimerina reçoit des fruits des
habitants d'Amboromahery près d'Ambohijanahary. Fruits appelés
« voakandrina » qu'il a goûtés pour la première
fois et qu'il savoure avec délectation.
Cependant, son ordre ne porte pas uniquement sur cet arbre fruitier, mais
sur toutes les forêts qui séparent l'Imerina de l'Antsihanaka.
« Préservez toutes ces forêts. Ne coupez pas les arbres,
sinon je vous condamne à la peine capitale ». Il parle des
forêts d'Amborivory, d'Amborovorofony et d'Aminambatry car les «
voakandrina » se développent à leurs lisières.
Et pour que cette loi soit bien respectée, Andrianampoinimerina
charge de leur protection les Loholona qui doivent, en outre, lui apporter
des fruits quand ils arrivent à maturité.
Radama 1er maintient cette loi paternelle. Mais sous le règne de
Ranavalona 1ère, elle est abolie « pour que les habitants
puissent couper les arbres pour usage domestique, car si les femmes et
les enfants pénètrent trop profondément dans la forêt,
ils risquent de se perdre ».
Cet édit du grand monarque applicable dans tout le royaume, touche
en fait toute forme de destruction de la forêt et non le seul abattage
des arbres. En effet, en allant un jour plus au nord, il remarque des
personnes qui se préparent à pratiquer le défrichement
par le feu. Il les apostrophe: « Ecoutez-moi, ô peuple. Quiconque
brûle la forêt sera condamné! La forêt est un
grand patrimoine que l'on ne peut partager et qui fait vivre les orphelins,
les enfants, les femmes, bref tous mes sujets. Ses arbres assurent la
construction de nos maisons, nous fournissent nos bois de chauffre et
de cuisson...»
Toujours sous Andrianampoinimerina, la protection de l'environnement ne
se limite pas à la conservation de la nature. Il est également
très strict en ce qui concerne l'assainissement des localités
et des villages. Surtout d'Ambohimanga. « Ambohimanga est la demeure
des Douze rois », aime-t-il à répéter pour
expliquer qu'il y a des règles et des « fady » à
respecter.
Très à cheval sur la propreté, il exige que les ruelles
du village, les places et autres terre-pleins soient nettoyés et
que chaque habitant balaie sa maison et sa cour. Si ce balayage doit se
faire quotidiennement sous la surveillance des Antily- le roi lui-même
le contrôle tous les trois jours!, périodiquement aussi,
les villageois doivent débroussailler, déraciner toutes
plantes comestibles ou non qui tendent à y pousser parce que toute
forme de culture est interdite à l'intérieur du village.
« Je ne veux pas d'herbes folles, j'aime que ce soit net ».
Et surtout, il oblige chaque maison « à creuser des trous
où jeter les saletés ». Et quand ils sont pleins,
on les bouche et on en creuse d'autres.
Pour Andrianampoinimerina, Ambohimanga doit devenir un grand site vert
par sa forêt et bleu par ses lacs auxquels les oiseaux ne résistent
pas. « Ceux qui détruisent ma forêt, ceux qui salissent
mon village, seront punis par Dieu. D'où qu'ils viennent, car dans
toute l'île, personne ne peut dire qu'il n'est pas le fils d'Ambohimanga
».
À cette loi sur l'hygiène et la propreté, s'ajoutent
les tabous à ne pas transgresser puisque ce sont les « fady
» des fétiches royaux. Entre autres, il est interdit d'y
construire des maisons en terre battue, d'y faire entrer le « horondrano
» (sorte de plante longue et lisse dont on fait les balais), le
glaïeul commun (tenina), l' « harongana » (arbre dont
on fait des remèdes), les enfants, les hérissons, ainsi
que de se servir de roseaux comme bois de chauffe, de manger des rognons
de bœufs et de l'ail, d'utiliser du jonc...
Mais les habitants doivent se nourrir. Aussi leur demande-t-il d'aménager
les marais d'Anketsa et d'Ampitsaka qu'il répartit sans distinction
d'origine ni discrimination de caste, pour que chaque famille puisse avoir
son riz. « Désormais, j'appellerai Anketsa et Ampitsaka tani-miantso-arivo,
terre d'accueil où toute personne qui voudra élire domicile
à Ambohimanga, trouvera de quoi manger ».
Pela Ravalitera
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