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    LES MERINA

    * Les Merina constituent l'un des quelque vingt groupes ethniques (foko) ou nations autochtones occupant de nos jours l'île de Madagascar. Leur pays d'origine, l'Imerina se trouve au centre de l'île, dans la partie nord de la région des hautes terres. Leur capitale traditionnelle est la ville d'Antananarivo, fondée vers la fin du XVIe siècle.
    * Les Merina proprement dits (à savoir les descendants des anciens Hova et des Andriana ; on les qualifie aussi familièrement de Tsalo, par allusion à leur type asiatique prononcé et à leur chevelure ordinairement droite) représentent la moitié environ des habitants actuels de l'Imerina, soit une population de l'ordre de deux millions de personnes.


    Un peuple extraordinaire

    * En les visitant pour la première fois en 1895, le journaliste français J.Carol ne trouva rien de mieux que de qualifier les Merina de "plus grande curiosité de Madagascar"! Une remarque d'autant plus pertinente alors lorsqu'on sait que ce pays est particulièrement riche en manifestations originales. Ne dit-on pas déjà qu'en raison d'un isolement précoce, les deux tiers au moins de la faune et de la flore traditionnelles de l'île sont endémiques et ne se rencontrent nulle part ailleurs au monde!
    * Car tout est effectivement surprenant chez les Merina. Depuis leur type physique que l'on ne s'attend guère à rencontrer dans cette partie de la planète jusqu'à leur histoire et l'ensemble de leur civilisation traditionnelle. Encore faut-il évidemment que l'on en soit informé, ce qui, tout aussi étrangement est loin d'être facile, tant les informations les concernant sont en définitive très rares, ou alors, fortement sujettes à caution et nécessitent de sérieuses précautions avant de pouvoir être utilisées. La preuve en est que bien peu de gens à l'extérieur de Madagascar connaissent l'existence du nom ethnique "merina", pourtant attesté depuis le début du XIVe siècle et rendu officiel depuis le XVIe siècle. Il est vrai que cela s'explique en partie par le fait que l'on confond souvent celui-ci avec l'appellation générique d'origine étrangère "malgache", déformée ensuite en "malagasy" par la prononciation des gens du pays. Mais on se doute bien que les deux réalités ne se recoupent nullement, sauf peut-être sur le plan des embrouilles politiques et le simple fait que beaucoup s'imaginent que c'est le cas montre justement combien la désinformation est phénoménale en la matière.
    * En tout cas, on commence dès lors à comprendre pourquoi le principal groupe ethnique d'un pays sur lequel on a écrit des dizaines de milliers d'ouvrages et d'articles apparaît aussi comme l'un des plus mal connus au monde !


    Les malayo-indonésiens de Madagascar

    * Le premier signe distinctif des Merina est leur aspect physique qui se doit de refléter uniquement une appartenance à la race malaise. Le Merina typique possède ainsi une couleur brune (zarazaza, répondant au sawo matang des Malais d'Asie du Sud-Est!) ou olivâtre, les cheveux ondulés ou droits, les yeux en amande, souvent légèrement bridés, la membrure fine et une taille relativement petite.
    * La langue merina (fiteny merina) est remarquable par la douceur et la musicalité chantonnante de son intonation. Par son vocabulaire de base et sa phonologie, celle-ci se rapproche surtout des langues indigènes du sud-est de Kalimantan (Indonésie) et, par sa syntaxe, des langues de Sulawesi et des Philippines. Ecrite en caractère latin depuis 1823, elle possède une assez riche littérature.
    * Malgré ses origines maritimes, l'adaptation au cadre particulier des hautes terres de Madagascar acheva de transformer la civilisation merina en civilisation montagnarde et paysanne évoluée. Même ainsi si les anciennes maisons princières étaient édifiées en bois, les habitations populaires étaient en terre battue. Les villages (vohitra, répondant au malais bukit, "colline"), perchés en hauteur étaient habituellement entourés de fossés défensifs profonds (ady vory), quelquefois de plusieurs couches. On peut en estimer le nombre des vestiges à 20.000 environ.
    * L'habillement traditionnel était à base de tissu de soie (landy), porté sous forme de toge ou lamba, souvent de couleur blanche. En déplacement, les grands personnages s'abritaient en outre sous des parasols (elo) et étaient portés sur des chaises à porteurs (filanjana).
    * L'alimentation était à base de riz, cultivé dans des rizières aménagées en plaine ou en terrasse. A la suite de vieux héritages ancestraux remontant à la nuit des temps, les paysans merina ont toujours possédé une grande maîtrise des techniques hydrauliques. Dans les régions bien irriguées, ils pouvaient ainsi obtenir facilement deux récoltes annuelles.
    * Les forgerons merina étaient également remarquables pour leur habileté à travailler différents types de métaux (le fer, l'acier, l'or, l'argent, etc.). Pour le travail de la terre, l'outil de base était l'angady, une bêche à longue lame. Les armes les plus fréquemment utilisées étaient le javelot (lefona), le sabre (antsibe), le fouet (japy) et la fronde (antsamotady). Les hommes cultivaient en outre l'art martial du diamanga, analogue au pencak silat malais (et plus loin au "kung-fu" chinois).
    * Dans le domaine musical, on peut noter la prédilection merina pour la cithare tubulaire en bambou ou valiha, ainsi que pour la flûte (sodina). Les chants traditionnels prenaient souvent la forme du rodo-be ou choeur, avec une grande tonalité nostalgique. Les danses mêmes suivaient un rythme lent et langoureux, sauf celle guerrière (tsinjaka) des hommes. Quant aux poèmes ou hain-teny, équivalent du pantun malais, ils témoignent toujours d'une grande délicatesse de sentiment.
    * L'une des coutumes les plus remarquables des Merina est le famadihana ou réinhumation périodique des cendres des défunts, perpétuant de manière un peu particulière la vieille coutume des "doubles funérailles" pratiquée par de nombreux autres peuples malais. On peut également rappeler l'importance exceptionnelle du Fandroana ou "fête du bain sacré", répondant aux diverses "fêtes des eaux" ou du bain, extrêmement répandues en Asie du Sud-Est et en Océanie, jusqu'à ce que les Français n'en décident arbitrairement la suppression.
    * Ce petit tableau nous permet déjà d'entrevoir la grande originalité de cette civilisation merina qui, tout en réussissant à demeurer fidèle au génie de ses origines nusantariennes a toujours su faire preuve d'innovation et d'adaptabilité. Bien de ses aspects continuent ainsi à refléter le passé le plus ancien de l'Asie orientale (et que nous révèle par exemple la restitution de la civilisation de la Chine antique, berceau d'origine justement des peuples nusantariens!) tandis que d'autres, tout en en perpétuant l'esprit, ne se retrouvent nulle part ailleurs au monde. Notons enfin que c'est la civilisation proto-merina qui est également à la base de la culture traditionnelle des différentes populations négroïdes de Madagascar, combinée à l'occasion avec d'autres héritages, notamment africains et arabo-islamiques.


    Une épopée tragique
    'occupation de Madagascar

    * C'est dans la foulée des grandes navigations nusantariennes qui, depuis plusieurs millénaires aboutirent déjà au peuplement des îles d'Asie du Sud-Est et d'Océanie, que des navigateurs originaires d'Indonésie centrale découvrirent vers le début de notre ère l'île de Madagascar. Cette dernière, isolée depuis l'ère secondaire était alors vierge de toute présence humaine. Les premiers émigrants, qui étaient déjà pourtant porteurs d'une civilisation très évoluées (travail des métaux, dont le fer, riziculture savante, tissage de la soie, encadrement monarchique de la société, etc.) semblent avoir vécu de la pêche et de la chasse. Peu à peu, ils pénétrèrent alors dans l'arrière-pays où on pouvait rencontrer des animaux étranges, telle par exemple que l'aepyornis ou vorombe, une autruche géante haute de plus de trois mètres, ou encore le lalomena, un hippopotame nain. Par la suite, ils entreprirent également de fréquenter les côtes africaines où commencaient parallèlement à s'établir les populations bantoues, originaires d'Afrique centrale. Des contacts entre ces nusantariens et les Africains semblent notamment avoir résulté des échanges commerciaux portant, entre autres, sur la traite des esclaves. C'est ainsi en tout cas que dès le VIIIe siècle, les textes chinois font état de la présence chez eux d'esclaves africains (zhengqi) transportés par les navigateurs nusantariens. On peut alors supposer qu'à Madagascar même, le nombre des transplantés involontaires africains (d'où déjà leur adoption de la langue de leurs maîtres !) commença à devenir considérable. C'est cependant par la suite, du fait des trafiquants arabo-musulmans, que les régions côtières de l'île finirent vraiment par en être submergés.

    La mérinisation

    * C'est que, à partir du IX-Xe siècle, après avoir exercé une domination sans partage sur les océans depuis plusieurs millénaires, les nusantariens durent enfin subir la concurrence de la nouvelle puissance maritime de leurs voisins continentaux, en l'occurrence les Chinois et les Indiens. A ceux-ci s'ajoute dans la partie occidentale de l'Océan Indien la pression des Arabo-musulmans qui, après avoir pris le contrôle des côtes africaines commencèrent à se déferler sur le nord et, ensuite, l'est de Madagascar.
    * Ainsi bousculés sans pouvoir compter sur le renfort de leurs cousins d'Asie, les ancêtres des Merina n'eurent d'autres choix que d'entamer une émigration en masse vers l'intérieur des terres. D'après nombre de traditions, l'une des raisons de leur départ était justement le refus de se mélanger avec leurs nouveaux voisins ; en somme, de s'africaniser. Ils y rejoignirent d'autres pionniers de leurs race qui, du fait de leur isolement, paraissent avoir beaucoup régressé sur le plan culturel, d'où l'appellation dépréciative de vazimba ou "inférieurs" qui leur furent ensuite appliquée. Encore que certains indices permettent aussi de penser que ce processus de "mérinisation" se poursuivit en fait durant plusieurs générations pour ne s'achever vraiment qu'à l'aube du XVe siècle.

    L'organisation du Royaume merina

    * Sur les hautes terres, les Merina ne tardèrent à se réorganiser en essayant de restaurer peu à peu leur unité politique. Dans le courant du XVIe siècle, la région du nord-est, gravitant autour d'Antananarivo connut notamment un profond bouleversement sous l'impulsion des trois rois fondateurs : Andriamanelo, Ralambo et Andrianjaka. Parmi les innovations qui auront les plus lourdes conséquences figure alors l'instauration du système andriana-hova, divisant artificiellement le peuple merina en deux groupes de clans astreints chacun à l'endogamie. Dans un premier temps cependant, ceci permit l'émergence d'une véritable caste dirigeante qui put oeuvrer à l'unification du royaume. Pour le foyer du nord-est, cette unité devint enfin effective dans la seconde moitié du XVIIe siècle, sous le règne d'Andriamasinavalona.
    * Malheureusement, l'expérience ne dura qu'un moment et, au XVIIIe siècle, l'Imerina connut de nouveau l'anarchie et une profonde décadence. Et d'autant plus que l'île entière se retrouva en proie à l'insécurité du fait des troubles provoqués par les guerres alimentées par les traitants européens, en particulier français, soucieux de se procurer à bon compte des esclaves et des vivres pour les îles créoles en échange de fusils.

    Andrianampoinimerina et Radama

    * A partir de la dernière décennie du siècle cependant, sous l'impulsion du grand roi Andrianampoinimerina, l'Imerina retrouva son unité et une nouvelle prospérité. Sur cette base se construisit ensuite l'oeuvre de Radama, son fils et successeur qui, profitant de la coopération britannique, entama la modernisation de son peuple tout en imposant la domination merina sur la majeure partie de Madagascar. Le premier, il se vit alors reconnu roi unique de l'île par la Grande Bretagne.
    * Mais la disparition précoce de Radama en 1828 compromit la poursuite de ce véritable meiji à la façon merina. Et d'autant plus que l'aggravation des menaces européennes ne tarda à obliger les nouvelles autorités à prendre des mesures défensives de repli.
    * Même cependant de façon hésitante et dans la crainte constante de l'invasion étrangère, le processus de modernisation continua tant bien que mal, au point de bouleverser peu à peu l'équilibre traditionnel de la société merina. Ces bouleversements concernent en particulier le système des valeurs avec le progrès rapide de la christianisation, favorisé par la scolarisation. Au point que le protestantisme devint à partir de 1869 la religion officielle de la monarchie merina.

    Un royaume aux abois

    * Mais en plus de la menace européenne, en particulier française, la plus grande source de problèmes était pour les Merina le maintien de leur domination sur les régions côtières. En dépit en effet des bénéfices ponctuels que rapportaient le commerce avec l'étranger et les droits de douane, cette domination leur coûtait l'entretien permanente d'une force armée de plusieurs milliers d'hommes, ce qui était apparemment au dessus de leurs moyens. A tel point que, pour essayer de suppléer à la carence de main-d'oeuvre qui en a résulté, ils durent se résoudre à faire venir en Imerina une masse considérable de captifs arrachés aux régions périphériques. C'est de cette manière que les Merina finirent par inonder eux-mêmes leur pays qui, jusque-là en avait été largement préservé, de populations étrangères de race noire!
    * Il faut cependant reconnaître également que la menace constante d'invasion étrangère limitait considérablement leurs marges de manoeuvre. Ainsi, on peut dire que les Merina étaient obligés d'occuper les côtes pour empêcher les Français de s'y établir à leurs dépens, sans compter que c'était pour eux la seule façon de se ménager une ouverture sur le monde extérieur. C'est dire qu'ils étaient davantage encore les prisonniers que les maîtres de leur trop vaste et, finalement, désastreux "empire".
    * La dernière source grave de faiblesse du royaume merina était enfin la division interne due à la sourde rivalité opposant les clans andriana à ceux des Hova pour le contrôle du pouvoir.

    Le ravalement colonial

    * Tout ceci aboutit à la conquête facile de Madagascar par les troupes coloniales françaises à partir de 1895. Pour la France, l'objet d'une vieille convoitise (depuis le XVIIe siècle !) était enfin tombé, sans coup férir, entre ses mains. Paradoxalement en effet, en dépit de toutes les prévisions, les Merina avaient à peine résisté, tant ils étaient las et démoralisés, en grande partie d'ailleurs pour des raisons de politique interne. Sans compter que, vis-à-vis même de l'envahisseur, ils pensaient surtout avoir affaire à une puissance plus "évoluée", ambitionnant d'imposer à leur pays un simple régime de protectorat, ce qui supposait le respect de leur souveraineté intérieure, ainsi qu'une promesse de développement plus rapide. De même, ce genre de considération empêcha ensuite l'élite occidentalisée merina d'appuyer activement l'insurrection populaire des menalamba qui se vit dès lors condamnée à l'échec.
    * Mais, contre toute attente (et ce qu'ils avaient eux-mêmes solennellement promis!), les Français s'empressèrent de consolider leur pouvoir en prenant contre les Merina des mesures radicales, destinées justement à les "ravaler" comme on disait ouvertement à l'époque. En fait, l'objectif des vainqueurs était de détruire à jamais les fondements même de leur nationalité, en en faisant à terme des Français, après les avoir réduit au préalable à l'état de "malgache", de créole afro-asiatique, à l'identité aussi inconsistante que honteuse.
    * Pour ce faire, ils commencèrent par supprimer sans autre forme de procès la vieille monarchie à laquelle tous les Merina étaient viscéralement attachés, tout en exilant brutalement (après l'avoir kidnappée!) la dernière reine. Afin d'anéantir ensuite le moral des opposants qui se référaient avant tout au caractère sacré des mânes royales, ils entreprirent de profaner les cendres des anciens souverains merina par des déplacements intempestifs et des pillages de sépultures! ( Un phénomène apparemment unique dans les annales de la colonisation moderne !). De même, l'ancien palais royal se vit transformé en simple dépôt d'objets de luxe (et non pas véritablement un musée !) dont même la simple visite était interdite, jusqu'en 1946, aux indigènes. Et enfin, pour couronner le tout, les Français mirent sur pied une "académie malgache" chargée de contrôler l'esprit de la nouvelle élite franco-malgachisée en forgeant, sous couvert de culture et de "science", un discours à leur convenance sur l'histoire et la civilisation du pays.

    Le relèvement manqué de l'Après-guerre

    * Après des décennies d'assoupissement, tant ils étaient meurtris, les Merina commencèrent à se réveiller en 1946 en entreprenant de secouer enfin le joug colonial. Encore que l'objectif même du MDRM (Mouvement Démocratique de Rénovation Malgache) qui ambitionnait de les représenter n'était en rien la réhabilitation de la cause merina mais l'instauration d'un système démocratique à l'occidentale, ainsi à terme que la décolonisation de Madagascar.
    * Cela suffit cependant à hérisser le pouvoir colonial qui, pour isoler la résistance merina, entreprit d'organiser les Noirs à l'intérieur d'un parti adverse dévoué à ses intérêts, le Padesm ou Firaisan'ny Tanindrana sy ny Mainty enin-dreny ary ny karazany rehetra eto Madagasikara (Union des Côtiers, des Noirs [de l'Imerina] et assimilés à Madagascar), avant de procéder à la répression proprement dite, en 1947. Bilan, démantèlement du MDRM et 100.000 cadavres environ, tombés directement sous la répression ou à la suite des troubles.
    * Ce désastre acheva de déstabiliser complètement les Merina qui, depuis, ne réussirent plus jamais à retrouver leurs marques. C'est que, en raison de l'impact malgachiste, leurs élites semblaient véritablement atteintes d'une sorte de paralysie mentale, les empêchant même d'avoir une vision un peu lucide de leurs problèmes. Au point que leurs horizons se limitaient en fait à la défense fétichiste de l'"unité nationale", même lorsqu'il était devenu manifeste que celle-ci les condamnait à être exclus définitivement de l'exercice du pouvoir dans leur propre pays, tout en vouant purement et simplement leur peuple à la misère et à l'oppression, en attendant une inéluctable disparition.

    A la merci de la République malgache

    * En 1958, les Français décidèrent d'eux-mêmes l'instauration de la République malgache, à laquelle ils octroyèrent ensuite ce qu'il est d'usage de qualifier d'"indépendance", pour le bénéfice des anciens dirigeants du Padesm. Ainsi supplantés, les Merina durent se cantonner dans une vague opposition de principe, incapable même de formuler la moindre idéologie alternative, pour se contenter de vieille litanie anticolonialiste. C'est que, en raison de leur francisation, ceux qui leur faisaient office de "leaders" n'avaient même plus en fait le courage de revendiquer leur nationalité merina pour au contraire se retrancher derrière le masque aliénant du "malgache"!
    * En 1972, la révolte des jeunes merina ébranla ce pouvoir néo-colonial mais le mouvement n'aboutit qu'à la mise en place, trois ans plus tard, de la dictature marxisante et kleptocratique des militaires noirs dirigés par le capitaine Ratsiraka. Cette fois-ci, les Merina se virent confrontés à une oppression raciale ouverte, le régime s'affichant ostentatoirement "africain", et ce avant tout à leurs dépens. En 1976 d'ailleurs, Ratsiraka fit délibérément incendier le palais d'Andafiavaratra, le second monument du pays, symbolisant un peu l'ancienne domination merina du XIXe siècle. De même, en 1985, il fit massacrer par l'armée les jeunes merina (et betsileo) pratiquant les arts martiaux et qui, en desespoir de cause devant l'indifférence complice de la police, entreprirent de s'organiser d'eux-mêmes pour essayer de protéger un peu la capitale contre le pillage et les assassinats perpétrées sur une grande échelle par des bandes armées noires, agissant pour le compte des milieux au pouvoir.
    * Après une quinzaine d'années de ce régime de terreur et de destruction, comme on n'en a vu depuis la fin de la deuxième guerre mondiale que sur le continent africain ou à Haïti, Madagascar finit par se retrouver complètement ruiné et ravagé, au point d'apparaître comme l'un des pays les plus pauvres au monde!
    * La chute de Ratsiraka en 1993 fit un moment renaître l'espoir mais la plus amère des désenchantements s'ensuivit aussitôt après. Le nouveau pouvoir noir de Zafy Albert s'avérait en effet tout aussi incapable que l'ancien à faire redémarrer la machine étatique dont le moteur semble maintenant définitivement cassé. Le pays continuait tout simplement à s'empêtrer dans l'anarchie et l'économie, déjà chancelante, de s'effondrer, sous l'oeil indifférent du reste du monde.

    Une nation brûlée vive

    * C'est dans cette ambiance particulièrement morbide que survint pour les Merina l'une des plus graves tragédies de toute leur histoire. Le 6 novembre 1995, des hommes de main à la solde des milieux au pouvoir lancèrent des bombes incendiaires contre l'ancien palais royal d'Antananarivo dont tous les bâtiments et l'ensemble des cimetières (abritant les cendres des souverains merina depuis quatre siècles !) furent anéantis sans que les autorités tentèrent de bouger le petit doigt pour s'y opposer, et pour cause! D'un seul coup, les Merina virent partir en fumée les vestiges laissés par plusieurs siècles de leur histoire, pendant que tout ce qu'ils avaient de plus nobles et de plus sacrés étaient ouvertement piétinés par leurs ennemis! Il est en effet manifeste qu'à travers le Rova, c'est la nationalité merina elle-même qui était visée, vouée à l'anéantissement.
    * La première conséquence de cet acte barbare de malveillance, motivé uniquement par la plus mesquine des jalousies est de bouleverser complètement la conscience merina d'eux-mêmes, au point de les obliger enfin à assumer leur véritable identité, quasiment escamotée depuis le début de l'époque coloniale. Pour les Merina qui, désormais s'affichent ouvertement tels, la preuve était maintenant faite que leurs voisins noirs aspirent purement et simplement à les voir disparaître, après les avoir piétinés, et ensuite cannibalisés! Ce qu'ils reprochent aux Merina n'est pas tant ce que leurs ancêtres ont pu faire (du reste, quoi déjà?...) que leur existence actuelle, avec ses caractéristiques distinctives. On en veut aux Merina de ne pas être devenus eux aussi des noirs, de persister dans leur refus à le devenir, ainsi que d'avoir des origines enviées, des ancêtres dont on peut être fier, une histoire malgré tout prestigieuse!...

    Epilogue

    * De toute leur longue histoire, jamais sans doute les Merina ne se sont retrouvés aussi bas, dans une situation aussi périlleuse que maintenant. Ils sont non seulement misérables mais encore piétinés, couverts d'injures, et pour finir, promis purement et simplement à la disparition à brève échéance, que ce soit par le massacre à la façon rwandaise ou par le métissage forcé, destiné à les couper de leur histoire et de leur identité d'origine. Après avoir accaparé leur présent, pour mieux les priver de tout avenir, leurs ennemis tentent tout simplement maintenant de les frustrer du vestige de leur passé, faire comme si celui-ci n'avait jamais existé!...
    * Dès lors, les seules questions qui méritent d'être posées sont pour nous les suivantes : que pourrait-on faire pour empêcher l'accomplissement de ce véritable ethnocide? Qu'est-ce que les Merina eux-mêmes pourraient faire pour s'y opposer, renouer enfin avec la vie en reprenant le fil de leur fabuleuse histoire, incontestablement d'ailleurs l'un des chapitres les plus extraordinaires de celle de l'humanité entière?... Car autrement, le gâchis serait d'autant plus regrettable que, par-delà le crime, Madagascar y perdrait l'aspect le plus intéressant de son originalité, ainsi sans nul doute que toutes chances de pouvoir se développer de lui-même dans un avenir prévisible. Etant donné en effet le rôle de premier plan que les Merina ont toujours joué dans ce pays, et cela depuis les origines, leur élimination de cette manière abjecte ne manquerait de faire perdre à celui-ci, et son âme, et le dynamisme de ses enfants comptant parmi les plus compétents et les plus dévoués. D'ailleurs, personne ne serait en mesure de nier que la principale raison de la déchéance actuelle de Madagascar est justement cette "exclusion" des Merina, écartés donc (en tant que merina, susceptible d'agir véritablement en merina, et non en "malgache", pour le compte du pouvoir colonial ou de sa scandaleuse "maintenance" indigène!) de toute responsabilité effective à l'échelle nationale dans leur propre pays depuis maintenant plus d'un siècle!...

    Copyright © Ratrimo-Andriantefinanahary.
    http://users.cwnet.com/zaikabe/merina/index.htm

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