| Un grand monarque tourne le dos Sentant
ses forces diminuer, le grand Andrianampoinimerina décide d'aller
à Anosifito pour "consulter son ombre". II s'arrête
d'abord à Ampitantelo, près d'Andrainarivo, sur le territoire
des Zanakandrianato qui viennent lui offrir le "hasina", marque
de sa souveraineté, ainsi que du ravitaillement pour la route.
Arrivé à Anosifito, il se dirige vers la source de la Mananara,
lieu sacré pour consulter son ombre, en se mirant dans l'eau. De
là, il se dirige vers Ambodivato pour la même raison. A chaque
fois, il semble découragé, ce qu'il y voit le rend pessimiste.
II ne devra "tourner le dos" qu'un an plus tard car, selon la
croyance populaire, un monarque décède un an après
être allé à Anosifito.
Dès qu'il rentre à Ambohimanga, il commence à se
sentir maladif et devient de plus en plus distrait, "lasalasa ambiroa".
Evidemment, les gens du Palais et les émissaires royaux croyant
sans doute qu'il leur survivra étant donné son charisme,
sa gloire et son pouvoir accusent les Zanakandrianato d'avoir provoqué
sa maladie. Zanakandrianato qui sont convoqués sur le champ, non
pas parce que le Roi doute d'eux, mais pour les laver de tout soupçon.
Ils passent un jugement par le tanguin pratiqué sur des poulets,
qui y survivent.
Comme leur accusation n'est pas fondée, c'est au tour des hommes
du palais de subir une ordalie, directe cette fois-ci: le chef des "tandonaka"
en meurt. Mais cela ne guérit pas pour autant le Roi, qui décède
au bout d'un an de maladie, à la fin de la saison pluvieuse 1810.
Quand le moment approche, Andrianampoinimerina réunit sa parenté
et les grands du Royaume "qui l'ont soutenu dans la réunification
du Royaume légué par Andriamasinavalona, dans la consolidation,
l'extension et la préservation de sa souveraineté".
II leur annonce le nom de son successeur, Laidama "qui n'est pas
sorti de mon ventre, mais de ma bouche, car il m'a été donné
par Zanahary", celui qui, malgré son jeune âge, "a
déjà fait preuve de sa bravoure et de sa maturité".
"Je vous le confie, mais laissez-le, cependant, vivre sa jeunesse,
il est assez sensé pour distinguer le bien du mal".
Le lendemain, c'est au tour de ses épouses et de ses enfants de
l'entourer. Après avoir confirmé que Laidama lui succédera,
il lui donne ses ultimes conseils: s'occuper des épouses et des
concubines de son père, préserver le Royaume et l'étendre
jusqu'à la mer, régner avec sagesse en recourant aux conseils
des grands du Royaume avant toute prise de grande décision, et
se faire aimer de ses sujets. II conclut en annonçant son souhait
d'être "caché" auprès de ses ancêtres
à Ambohimanga, tout en précisant que Laidama, lui, le sera
à Antananarivo, dans le Fitomiandalana.
Quand Andrianampoinimerina tourne le dos, selon la coutume, on proclame
d'abord le nom de son successeur avant son décès. Au nom
de Laidama, les sujets ovationnent et lui promettent fidélité,
"car tu as été choisi par Andrianampoinimerina ".
Radama, de son côté; les rassure: "Si vous respectez
les paroles de mon père, je vous assure protection et bonheur".
Comme de tradition aussi, certains sujets "qui en ont besoin",
sont purifiés par le tanguin, notamment "ceux suspectés
d'avoir provoqué la maladie d'Andrianampoinimerina" les uns
en survivent, les autres en meurent; les descendants de ces derniers sont
maudits et "bon nombre deviennent lépreux".
Tous les hommes se coupent les cheveux pour marquer le début du
deuil avant que le "masina" (dépouille mortelle du Roi)
ne soit transporté au palais Besakana du Rova d'Antananarivo où
se tiendra, pendant une semaine, la veillée mortuaire. Les sujets
accourent de tout l'Imerina élargi et campent par territoire :
les Avaradrano à Ambatomena (Mahazoarivo), les Vakinisisaony à
Ankadimbahoaka, les Ambodirano du côté d'Anosizato, les Vakinankaratra
près des Ambodirano, les Marovatana et les Vonizongo à Andohatapenaka.
Dans la journée, femmes et enfants montent au Rova pour pleurer,
tandis que les hommes tirent des coups de fusils. Quand vient la nuit,
c'est aux hommes d'aller au Rova pour se relayer en une garde d'honneur
autour du Besakana. En moyenne, 200 boeufs gras des troupeaux royaux et
300 dans la nuit, sont abattus pour nourrir le peuple. Leurs os et leurs
cornes sont profondément enterrés, selon les directives
du Roi défunt, "pour qu'ils ne soient pas éparpillés
et dévorés par les chiens". Plus tard, Radama fait
déterrer les cornes pour en fabriquer des cuillères, et
les sujets s'y précipitent.
Au bout d'une semaine, on ramène le "masina" à
Ambohimanga pour être caché dans la "Tranomasina"érigée
par les Zanadahinarivo, après avoir été recouvert
par des dizaines de linceuls (10 par territoire et 10 donnés par
les Havanandriana comme le veut la loi, sans compter ceux offerts par
les simples sujets) et déposé dans la pirogue d'argent fabriquée
par les Andrianteloray. On le cache à Mahandrihono, au nord du
caveau de son grand-père Andriambelomasina, et selon la tradition,
cela se fait de nuit, en comité restreint, tandis que les sujets
se prosternent de loin. Le deuil durera un an.
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