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Les chrétiens et Ambohimanga en
1862.
Les archives de la justice royale, du début du règne
de Radama II, conservent les minutes assez détaillées
d’un procès où sont consignés
des éléments précis que l’hagiographie
missionnaire n’a pas, à ma connaissance, retenus
et qu’elle n’a pas voulu ou pas su analyser.
Des chrétiens d’Ambohimanga intentent un procès
aux autorités civiles et militaires de la ville qui
se sont opposées à la tenue d’un culte
à l’intérieur des fossés de la
cité, c’est-à-dire dans un espace traditionnellement
considéré comme sacré pour tout le
Royaume.
Les missionnaires de la London Missionary Society avaient
été accueillis par Radama Ier dans son entourage
immédiat non pour évangéliser mais
pour instruire et apprendre à lire et à écrire
: c’est ce qu’ils firent, mais en préparant
la création d’une communauté chrétienne
par l’utilisation des textes bibliques. Ranavalona
I°, confrontée aux comportements politiques et
sociaux des baptisés malgaches, n’avait pas
tardé à revenir sur l’autorisation qu’elle
avait donnée aux missionnaires de baptiser, et elle
avait interdit tout prosélytisme et toute conversion.
Elle sera dès lors l’objet des attaques les
plus injustes. Les positions de son fils RakotondRadama
étant connues, son avènement était
attendu, tant chez les protestants anglais que chez les
catholiques français, avec l’espoir que le
pays serait à nouveau ouvert et que le mouvement
d’évangélisation pourrait alors reprendre.
Cet espoir ne fut pas déçu et le travail missionnaire
put très vite reprendre.
Pour les protestants et notamment pour le Révérend
Ellis , qui avaient une grande avance sur les catholiques,
un des objectifs était l’installation d’un
lieu de culte et d’une communauté chrétienne
à Ambohimanga, premier symbole de la dynastie. L’opération
fut menée tambour battant. Le jeudi 20 novembre 1862
et premier jour d’Alakaosy, six mois après
son arrivée à Antananarivo le 16 juin 1862,
Ellis entre dans Ambohimanga avec une procession de chrétiens
chantant des cantiques et inaugure un lieu de culte à
l’intérieur des fossés. Mais les autorités
civiles et militaires en ayant ensuite refusé l’accès
aux "priants", ceux-ci leur intentèrent
un procès.
Ambohimanga, capitale religieuse
Dans la symbolique du Royaume, en effet, la cité
d’Ambohimanga tient une place privilégiée.
La nouvelle dynastie fondée par Andrianampoinimerina
avait fait sienne la formule du fondateur : "Ambohimanga
nanjaka’ko ary Antananarivo namoria’ko".
Donnée dans les Tantara ny Andriana du Père
Callet, la formule a été dotée, par
Chapus et Ratsimba dans l’Histoire des Rois, d’une
traduction erronée qu’ont reprise sans discussion
les historiens postérieurs, même de ceux qui
font autorité dans le monde universitaire francophone.
Leur ignorance de la langue ou leur paresse les a conduits
à prétendre citer le Tantara ny Andriana,
quand ils n’en citent que la traduction ou, par son
titre en français, l’Histoire des Rois.
"C’est en étant à Ambohimanga que
j’ai accédé au fanjakana et en étant
à Antananarivo que j’ai rassemblé ",
ou "... que j’ai rassemblé ", pourrait
en être une traduction. Si Ambohimanga et Antananarivo
sont associées dans le rassemblement de l’Imerina
et le bonheur du peuple qui était le but de cette
unification, la première est en quelque sorte la
capitale religieuse du Royaume, alors que la seconde en
est plutôt la capitale politique.
Ambohimanga, objet de multiples prescriptions , elle est
notamment interdite aux étrangers , demeurait le
conservatoire d’un monde idéal de référence,
tout comme l’est aujourd’hui, pour le pays sihanaka,
la cité d’Anororo ou, mieux encore, le monde
invisible d’Andrebabe. Elle avait été
le siège d’anciennes dynasties, notamment celle
dont le fito miandalana se trouve à Mahazaza. Parmi
les successeurs d’Andrianjaka, elle avait reçu,
notamment, les sépultures d’Andriambelomasina,
d’Andrianampoinimerina et de Ranavalona I°. Dans
les généalogies, Andriambelomasina fut le
grand roi après Andriamasinavalona, Andrianampoinimerina
le fondateur de la nouvelle dynastie qui, dans la mémoire
populaire, fit oublier le passé et auquel toute l’histoire
fut dès lors rapportée, Ranavalona I°
la grande reine qui poursuivit l’unification et qui
défendit la souveraineté du pays contre les
multiples agressions étrangères.
Antananarivo, quant à elle, était soumise
aux aléas des exigences d’un monde qui commençait
à se mondialiser : elle était plus ouverte
aux nouvelles idées et aux hommes, notamment aux
étrangers ; elle accueillait aussi les représentants
des diverses régions de la Grande Ile. Et, après
celles des rois depuis Andrianjaka, son rova abritait la
dernière demeure de Radama Ier, symbole de l’ouverture
aux nouveautés du monde.
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